Highways

Parcours hors-institution

Le parcours de Yaël Maïm se présente sous la forme d’autoroutes. Avec des bifurcations, suite à des réaménagements de voie, et des pannes d’essence. Son véhicule est une machine électrique qui a souvent besoin de réglages et de réparations. Elle se l’est offert suite à sentiment d’insatisfaction intense : un manque de mouvement. Il lui permet de se projeter dans des autres espaces temps, lieux et identités : s’affranchir des positions rigides initiales et prendre des risques. Bref, elle bichonne régulièrement sa voiture hybride. 

Autoroute A1 = Design

Après un stage de stylisme à l’âge de 16 ans, où elle acquiert les connaissances de base, elle crée quelques années plus tard des défilés-performances, avec un ami cher, peintre, Tato, où machine à coudre et pinceaux se complètent. Un casting rigoureux de cinq à dix modèles et des répétitions semi-improvisées se mettent en place. Les choix sont orientés de façon à créer de la diversité.

Le but de leur action est de créer des espaces inattendus, dans des bars ou des lieux autogérés, où se mêlent différentes pratiques artistiques : peinture, mode, performance, vidéo et son. La musique est assurée par son jeune frère, DJ Freemotion. Ils créent ensemble une sélection rythmée qui inspire la bonne humeur. Le projet fait appel aux amis et à la famille (à ce moment-là elle vient d’une famille recomposée et a de nombreux frères et sœurs) qui se joignent au fil des quatre représentations : chacun amène ses compétences, ressources matérielles et  conseils. C’est ainsi que les performances ont pu être filmées et retranscrites en direct sur des écrans bricolés.

Station d’essence

La peinture se développe dans l’intimité. Peut-être comme l’écriture. Elles se connectent à l’inconscient, à ce qui est indicible : c’est à partir de ce point de vue que Yaël s’est longtemps amusé à investir des toiles.

Elle suit sa grand-mère, Margaret Maïm, peintre-sculpteur, en provenance de Turquie, qui organise expos et cours bénévoles sur Lausanne. L’observation et le dessert aux vermicelles de châtaignes sont au centre de l’apprentissage. Assises côte-à-côte, elles découpent, redimensionnent les formes et apprivoisent les relations entre la main et l’œil. L’ambiance délicate, saturée de livres et de tableaux, entourée de fleurs, de l’oiseau « bibi » et de châssis lui procure des souvenirs salvateurs.

Autoroute A2 = Transmission

Alors qu’elle imagine arrêter ses études en économie, droit et commerce à St-Gall, Yaël se joint à un projet collectif financé par la ville de Lausanne. A partir de 2005, en collaboration avec le Département de la Jeunesse et des Loisirs, et avec des artistes, graffiteurs et peintres, des ateliers d’art urbain gratuits sont proposés dans des lieux en voie de destruction pour des jeunes qui ne partent pas en vacances. Cette action est réalisée grâce à l’investissement généreux de tous les acteurs et se renouvèle durant trois étés. Cette expérience humaine la marque profondément, pour la première fois elle se sent valorisée en tant qu’artiste, compétente en gestion de projet. Le partage avec les jeunes et les enjeux de transmission lui donnent envie de s’investir plus sérieusement dans cette direction et ainsi de suivre une formation en sciences de l’éducation à Genève.  

Route de campagne qui longe A1

Elle suit durant un an et demi ses études à Genève puis reproduit le même schéma qu’à St-Gall,  elle réussit à 80% sa première année. A la suite de ce deuxième échec, elle trouve un travail dans une petite bijouterie comme vendeuse. Après avoir fait ses preuves elle devient créatrice, puis propose à la gérante d’organiser un défilé avec les produits de la boutique et les siens. Elle se plaît à conseiller les clients et à tenter de leur faire plaisir. Elle est émue quand des femmes lui racontent leur histoire. Derrière sa caisse, elle rencontre des tas de gens et « fait la perruque ». Malheureusement, la gérante prévoit de partir en Amérique du Sud, les trois vendeuses, dont elle-même, sont gentiment congédiées.

Entrée sur A2

Sa situation l’amène à entamer des nouvelles études, cette fois, aux Beaux-arts. Mais ce premier tour lui est refusé, alors qu’elle est engagée comme enseignante d’arts visuels à l’Ecole Club Migros. Ce travail à temps partiel ne lui permet pas de subvenir entièrement à ses besoins.

Arrêt sur une aire entre A1 et A2

Parallèlement à son job alimentaire, elle tourne des films avec un ami artiste qui a créé sa boîte de prod autogérée, Fred L'Epée. Ils improvisent toutes leurs actions dans le but de créer des court-métrages. Le processus l’intéresse plus que la forme finale, ils s’arment de bières, d'une petite caméra et d'un appareil photo et partent à la rencontre de leur désespoir, souvenirs et fantasmes. Ça se passe toujours la nuit.

Réentrée sur A2 

Pendant ce temps, on lui propose de devenir membre de la Commission d’attribution de fonds de projets pour/par les jeunes. Elle accepte immédiatement cette responsabilité : elle détient désormais un droit de parole dans l’espace politique. Avec d’autres jeunes adultes, ils  discutent des différentes propositions et de leur financement public respectif. Chaque année 40’000 CHF est distribué. Encore une fois cette valorisation de statut lui redonne espoir et l’incite à imaginer son engagement public en tant qu’artiste.

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Posted 2 months ago

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